Documents sélectionnés

À la veille d’élections cruciales, en Europe et en France, un numĂ©ro spĂ©cial consacrĂ© aux dĂ©mocraties en crise apparaĂźt congru. Il reprend nombre d’articles, le plus souvent des comptes rendus de livres, parus ces derniĂšres annĂ©es dans le Libellio. On notera l’importance du thĂšme des Ă©lites dans la crise. Deux articles originaux viennent les complĂ©ter. L’un est consacrĂ© Ă  Gambetta. En apparence, l’homme a tout ratĂ© : le sursaut guerrier face Ă  l’armĂ©e prussienne, son « grand » ministĂšre qui ne dura que quelques Ă©phĂ©mĂšres semaines, sa mort, accidentelle. Il n’est pourtant pas une ville, ni mĂȘme un village, oĂč une rue, souvent la principale, ne porte son nom. Rien d’hasardeux, ni d’injuste, dans ce fait. Nous pensons la politique Ă  partir du grec et de Montesquieu. La rĂ©publique est pourtant romaine, mĂȘme si le rĂ©gime qui prĂ©cĂ©da l’empire nous apparaĂźt Ă©trange. Mais peut-ĂȘtre cette Ă©trangetĂ© mĂȘme constitue-t-elle un Ă©lĂ©ment de rĂ©flexion actuel. Ne faudrait-il pas relire CicĂ©ron ? Dans la mesure oĂč ce numĂ©ro reprend des textes dĂ©jĂ  parus, sa pagination n’est pas exempte de bizarreries, que l’on voudra bien nous pardonner.
Plusieurs Ă©chos de sĂ©minaires et colloques, dans ce numĂ©ro, et bien sĂ»r des livres. Jörg Sydow est intervenu dans le sĂ©minaire du CRG sur la notion d’organisation temporaire, Étienne Ollion sur le rĂŽle possible de l’intelligence artificielle pour les sciences sociales. Concernant la recherche qualitative, un dĂ©bat a eu lieu, au CRG toujours, sur la technique de l’entretien. Pierre-Baptiste Goutagny rend compte d’une journĂ©e qui s’est tenue Ă  Lyon sur la notion nouvelle d’organocĂšne. Laure Colin prĂ©sente le livre de Quentin Mateus et Gauthier Roussilhe sur la low tech. Edith Stein est la premiĂšre femme Ă  avoir soutenu une thĂšse de philosophie en Allemagne, collaboratrice de Husserl, elle est morte carmĂ©lite Ă  Auschwitz parce que nĂ©e juive. Zola pensait qu’il y avait une grande et une petite littĂ©rature, et il rangeait dans la seconde Erckman et Chatrian. C’était mĂ©connaĂźtre l’enchantement qu’est L’ami Fritz et, pour lui qui par la suite dĂ©fendrait le capitaine Dreyfus, mĂ©connaĂźtre un rare exemple de philosĂ©mitisme dans la littĂ©rature du XIXe siĂšcle. Du 4 novembre 2025 au 22 fĂ©vrier 2026, s’est tenue, au Petit Palais, l’exposition Pekka Halonen, un hymne Ă  la Finlande. L’artiste, Ă©lĂšve de Gauguin, n’a eu de cesse de vouloir partager, Ă  travers ses toiles, la beautĂ© des paysages de son pays ainsi que la force “tranquille” mais dĂ©terminĂ©e des Finlandais.
Xavier Lecocq, BenoĂźt Demil, Vanessa Warnier et FrĂ©dĂ©ric Garcias traitent de la question fondamentale pour la gestion de la relation moyens-fins. À propos des plans du Capitole, Richard Chenoweth revient sur l’invention du dessin topographique. OĂč en est la ligne qui sĂ©pare la personne humaine des autres formes de personnalitĂ© Ă  l’heure de l’intelligence artificielle ? C’est le sujet du livre important de James Boyle. Sobel Penone prĂ©sente quant Ă  lui l’ouvrage de Robert Paxton consacrĂ© au fascisme et Guillaume Le Barbu celui de Peter Burke sur l’ignorance. Un article rend hommage Ă  Michel Callon et fait un retour sur les fameuses coquilles St Jacques de la baie de Saint-Brieuc. Jean Michel Saussois s’interroge sur le rapprochement souvent fait entre Goya et Manet. Enfin est Ă©voquĂ© le bariolage des foires qui, du Moyen-Âge Ă  la RĂ©volution, ont scandĂ© le temps des villes.
La rubrique Geek, de Geoffrey Leuridan et CĂ©cile Chamaret, traite la question centrale aujourd’hui de l’aide que peut apporter l’IA au chercheur. Paul Duguid a Ă©crit dans le premier numĂ©ro du Libellio et il a acceptĂ© de contribuer Ă  celui des vingt ans, avec un article important sur le sujet de l’information. Trois comptes rendus de livres complĂštent son texte autour de la question de la dĂ©mocratie, de la vĂ©ritĂ© et de l’expertise, dont l’un fait retour sur Orwell (Democracy and Truth de Sophia Rosenfeld, The Weaponization of Expertise de Jacob H. Russell & Dennis Patterson et Comment meurt la littĂ©rature). Michel Villette revient quant Ă  lui Ă  Walter Benjamin sur le thĂšme du conteur. Un nouveau dossier est consacrĂ© Ă  Claude Riveline, avec des textes de FrĂ©dĂ©ric Kletz et de HaĂŻm Korsia. Jean-Michel Saussois fait revivre une exposition de Berlinde De Bruyckere, alors que Corentin Curchod traite de la relation complexe entre l’Angleterre et l’Écosse, et que notre spĂ©cialiste d’ethnologie, Camille Toussaint, nous emmĂšne au musĂ©e de Hambourg. Converser avec une femme aussi belle qu’intelligente, lire (et relire toujours) le Don Quichotte, Ă©crire pour se distraire et pourquoi pas des vers, entendre de la musique et mĂȘme en composer, se faire le plaisir d’un vin de champagne et d’une chĂšre raffinĂ©e, ĂȘtre tranquillement athĂ©e (peut-ĂȘtre le premier Ă  s’assumer tel), ce numĂ©ro s’achĂšve en la compagnie choisie de monsieur de Saint-Évremond.
En 2011, le Libellio a consacrĂ© un dossier Ă  la question du codage. Ce numĂ©ro revient sur le sujet Ă  propos de ce qu’il est convenu d’appeler la « mĂ©thode » Gioia (les guillemets apparaissent importants). La vague illibĂ©rale menace les libertĂ©s, dont la libertĂ© acadĂ©mique. En quoi consiste-t-elle ? Le livre de David Rabban paru en 2024 vient Ă  point nommĂ© pour prĂ©ciser cette notion fondamentale. Qu’est-ce qu’une galerie et comment devient-on galeriste ? Le Libellio rĂ©pond Ă  ces interrogations grĂące Ă  un entretien avec Michel Broomhead. De leur cĂŽtĂ©, les grands musĂ©es, soumis Ă  de multiples pressions, dĂ©veloppent la recherche de provenance, phĂ©nomĂšne qu’analyse Paul Minvielle. Laure Colin rend compte d’un livre consacrĂ© Ă  une innovation institutionnelle dans le domaine de la dĂ©fense aux USA, la Defense Innovation Unit Experimental (DIUx). Et puisqu’il a Ă©tĂ© question de la libertĂ© acadĂ©mique, comment Ă©tait-il possible de clore ce numĂ©ro autrement que par le discours de Salamanque, durant lequel Unamuno la dĂ©fendit contre le rĂ©gime franquiste ? Charles Lapicque est un des grands peintres français du xxe siĂšcle. Il fut aussi nommĂ© Juste parmi les nations pour son rĂŽle durant la Seconde Guerre mondiale. Les illustrations de ce numĂ©ro lui sont dues.
Ce numĂ©ro commence par le compte rendu d’une intervention qu’Antonio Casilli a faite dans le sĂ©minaire i3-CRG Ă  propos du travail sur lequel repose l’intelligence artificielle. Un premier dossier est consacrĂ© Ă  Claude Riveline, dĂ©cĂ©dĂ© en dĂ©cembre 2024. Il fut un professeur exceptionnel, un chercheur iconoclaste, qui marqua plusieurs gĂ©nĂ©rations d’apprentis en recherche. Un second dossier porte sur le DBA (Doctorate in Business Administration), une formation en plein dĂ©veloppement, qui cherche encore ses marques. Trois promenades dans l’histoire amĂ©ricaine sont proposĂ©es : la fin de la guerre d’IndĂ©pendance avec les Cincinnati, l’exploration du continent avec Sacagawea et la guerre de SĂ©cession avec Farragut. Olivier Basso, Michel Berry, Antonio Casilli, Thomas Durand, MĂ©lanie Philippe, Élisabeth Szuyska(†) et Claude Riveline (†), sont les auteurs de ce numĂ©ro. Le musĂ©e Cernuschi consacre une exposition Ă  trois peintres vietnamiens de la modernitĂ© formĂ©s en France et dans leur pays, LĂȘ PhĂŽ, Mai Thu et Vu Cao Dam. Ils fournissent les illustrations de ce numĂ©ro.
Ce numĂ©ro commence avec Mirabeau qui incarne Ă  lui seul la RĂ©volution Ă  son dĂ©but. Jean-Michel Saussois s’amuse du self-checking puis revient sur le courant de l’arte povera, et Camille Toussaint quant Ă  elle sur Kandinsky, peintre et ethnologue. Thomas Houy et ValĂ©rie Fernandez proposent des outils pour aborder les environnements incertains. Michel Villette, rĂ©pondant Ă  deux comptes rendus publiĂ©s dans des numĂ©ros prĂ©cĂ©dents par Laure Colin et Aurore FiĂ©robe, nous livre une rubrique raisonnance. HaĂŻm Korsia a consacrĂ© un trĂšs beau livre Ă  Edmond Fleg, figure du franco-judaĂŻsme. Joseph Roth, nĂ© dans le Shtetl de Brody, prĂšs de Lemberg aujourd’hui redevenue Lviv, alors dans la Galicie de l’empire austro-hongrois, a analysĂ© comme journaliste et Ă©crivain la montĂ©e du nazisme. Un dossier est consacrĂ© Ă  Anni Borzeix, sa personnalitĂ© et sa recherche, aussi marquantes l’une que l’autre. Jean-François Chanlat, Damien Collard, Nathalie Raulet-Croset, Jean-Baptiste Suquet les rappellent toutes deux. Bonne lecture.
AmĂ©lie Gabriagues, Lionel Garreau et SĂ©verine Besson reprennent la tradition de la rubrique Geek autour des logiciels d’entretiens automatisĂ©s. FrĂ©dĂ©ric Garcias revient sur la figure du bouffon, en lien avec le management. L’intervention de Riwal Plougonven dans le sĂ©minaire d’i3-CRG prĂ©sente une synthĂšse, par un spĂ©cialiste, de ce que l’on doit savoir Ă  propos de la question du changement climatique. Marc Malvin traite des travaux de FrĂ©dĂ©ric Lordon sur le spinozisme, Émile Rogier de ceux de FrĂ©dĂ©ric Compin consacrĂ©s au langage comptable et Violette Vaughan nous entraĂźne, quant Ă  elle, dans l’univers des concours de Miss tels que les analyse Sarah Banet-Weiser. Il sera Ă©galement question du livre d’Alain Prochiantz sur les dĂ©rives actuelles de la science, d’une vision originale de Montaigne, celle de Francis Goyet, ainsi que de l’entreprise Ă  mission dans son rapport avec Aristote et Thomas d’Aquin. La grande Ă©poque de Montmartre, celle du Chat noir et donc d’Alphonse Allais, conclut ce numĂ©ro. Le musĂ©e de Caen a consacrĂ© cette annĂ©e une exposition fascinante au spectacle de la marchandise, rencontre entre gestion et art. Les illustrations de ces pages en sont extraites. Ce numĂ©ro est dĂ©diĂ© Ă  la mĂ©moire d’Anni Borzeix. Sa prĂ©sence discrĂšte et inspirante, ses connaissances aussi Ă©tendues que profondes, vont nous manquer, comme aussi son humour et son rire surtout, mais ses travaux de microsociologie et de gestion continueront sans nul doute de nourrir nombre de recherches.
On trouvera dans ce numĂ©ro un compte rendu du livre central de StĂ©phane Vial sur le design. Jarle Breivik, spĂ©cialiste du cancer et professeur de mĂ©decine Ă  Oslo, a publiĂ© en 2023 un livre important sur cette maladie. Michael Baker, Françoise DĂ©tienne et StĂ©phane Safin prĂ©sentent leurs recherches sur la collaboration. Un dossier est consacrĂ© Ă  l’analyse des situations du point de vue des circonstances. Il adopte deux angles diffĂ©rents : le pardon, Ă  partir du livre de JankĂ©lĂ©vitch qui lui est consacrĂ©, et la cirumspectio (circonspection) dans la pensĂ©e de Thomas d’Aquin. Claire Trubert consacre un nouveau regard sur le livre essentiel de Pierre Clastres, La sociĂ©tĂ© sans l’État. Thomas Gauthier et Bertrand Valiorgue font Ă©tat d’un enseignement de gestion original concernant l’anthropocĂšne. Élodie Gigout fait un point sur la notion de paradoxe. Aude Deville et Olivier Meier prĂ©sentent l’ouvrage qu’ils ont coordonnĂ© avec Jean-Philippe Denis sur l’enseignement supĂ©rieur. Fallait-il revenir sur le dĂ©bat portant sur les postures Ă©pistĂ©mologiques ? Puisque l’on continue d’embĂȘter les doctorants avec elles, peut-ĂȘtre. En espĂ©rant qu’il s’agit de la derniĂšre fois
 Deux figures et leurs livres, venus du fond des temps pour clore ce numĂ©ro : un poĂšte latin, LucrĂšce, et Jonas, prophĂšte hĂ©breu. Sur des registres totalement Ă©trangers l’un Ă  l’autre, tous deux parlent pourtant de l’homme, de son rapport au divin, des animaux, et des tempĂȘtes de mer.
Pierre-Michel Menger mĂšne une recherche originale et fĂ©conde sur la notion de talent, qu’il a prĂ©sentĂ©e dans le sĂ©minaire i3-CRG. Étrangement, quand il est question du design de recherche, on passe souvent Ă  cĂŽtĂ© de l’essentiel, que Peirce avait bien identifiĂ© : l’économie de la recherche. Kristin Asdal et Hilde Reinertsen ont Ă©crit un livre important sur l’analyse de documents, dont il est rendu compte et John Gray un ouvrage aussi dĂ©rangeant que fascinant sur le monde que nous vivons. Laure Colin rend compte d’un livre de Timothy Pollock sur la maniĂšre de prĂ©senter une recherche et Aurore FiĂ©robe des Essais d’empirisme radical de William James. Jean-Michel Saussois Ă©voque Sans filtre, film de Ruben Östlund. Un mot et une phrase viennent complĂ©ter ce numĂ©ro. Sentimental ? Le mot n’est apparu en français qu’en 1769, avec la traduction d’un livre au charme prenant de Laurence Sterne. C’est l’ouvrage lui-mĂȘme qui a donnĂ© son sens Ă  ce mot jusqu’alors inconnu. « Je suis homme, rien de ce qui est humain ne m’est Ă©tranger. » Dans un monde dĂ©figurĂ© par la guerre, les emprisonnements arbitraires, la torture et les viols, le mĂ©pris et l’irrespect des uns pour les autres, cette affirmation reste une lumiĂšre fragile d’espoir. Elle vient d’une dispute banale entre voisins dans une comĂ©die de TĂ©rence.
Jean-François Chanlat rend compte, en miroir, du livre de Pierre-Yves Gomez sur le capitalisme, et de celui de Frank Aggeri sur l’innovation. Un dossier est consacrĂ© Ă  la philosophie de l’action de Vincent Descombes, autour de trois thĂšmes : la gestion comme faire faire, c’est-Ă -dire comme diathĂšse causative ; l’illusion nomocratique ; et le raisonnement de l’ours de La Fontaine (le syllogisme pratique). Claire Trubert prĂ©sente le livre d’HervĂ© Dumez et Étienne Minvielle sur la gestion de la crise Covid par le systĂšme hospitalier. Racine, Stendhal, Goethe et Guitry sont l’objet de quelques divagations en cette pĂ©riode qui reste celle des fĂȘtes, malgrĂ© l’état du monde.
La rubrique Geek, assurĂ©e cette fois par Alice Carle, prĂ©sente Slack, un outil de collaboration en pleine ascension. Jean-François Chanlat nous prĂ©sente le livre de Norbert Alter, dans lequel un sociologue revient sur son parcours improbable, d’homme et de chercheur. Le Libellio a Ă©voquĂ© les figures d’Hannah Arendt et d’Iris Murdoch. Dans ce numĂ©ro, les deux sont rapprochĂ©es autour de l’idĂ©e de banalitĂ©, du mal et du bien. Walid Benzarti, directeur Innovation, Recherche & Technologie des activitĂ©s terrestres et aĂ©riennes de Thales a fait une intervention Ă  l’École polytechnique sur la question de l’innovation dans le secteur de la dĂ©fense, dont il est rendu compte. Mathieu Arnoux vient de publier un livre fascinant et apparemment paradoxal sur le Moyen-Âge faisant le lien avec la question de l’anthropocĂšne. Christian Morel revient sur la maniĂšre dont son livre sur les dĂ©cisions absurdes, une des meilleures ventes en sciences sociales de la maison Gallimard, a Ă©tĂ© publiĂ©. La question du rĂŽle du scientifique dans la dĂ©cision politique est primordiale pour nos sociĂ©tĂ©s. Roger A. Pielke lui a consacrĂ© un livre qui fait rĂ©fĂ©rence. Le musĂ©e du Louvre a organisĂ© fin 2022-dĂ©but 2023 une exposition sur la nature morte. Émile Durkheim s’y est rendu pour nous. Nous retrouvons CicĂ©ron au dĂ©but −49, pĂ©riode de quasi-effondrement psychologique face Ă  la situation de la rĂ©publique romaine, et de son second exil, qui le mena Ă  Pharsale au milieu des troupes de PompĂ©e dĂ©faites par CĂ©sar.
Jean-François Chanlat rend compte des livres de Patrick Gilbert & Nathalie Raulet-Croset et de Patrick Gilbert & Damien Mourey consacrĂ©s aux outils de gestion. Aurore Fierobe prĂ©sente un sĂ©minaire sur le fardeau administratif des personnels de santĂ©. StĂ©phane Deschaintre, Ă  partir d’une lecture de Pierre Rosanvallon, aborde la question des dangers encourus par le chercheur. Un dossier est consacrĂ© Ă  Bruno Latour, disparu en 2022. Michel Villette raconte leur rencontre aux États-Unis du temps oĂč ils Ă©taient Ă©tudiants en sociologie. Laure Colin explique ce qu’un doctorant en gestion peut aujourd’hui trouver dans son Ɠuvre. Dans une de ses chroniques, Bruno Latour avait signalĂ© le livre de David Lapoujade sur William James comme « Ă©blouissant » et un compte rendu de cet ouvrage fait comprendre pourquoi. Alexandre Mallard montre comment il est possible d’utiliser la presse professionnelle pour comprendre l’évolution des marchĂ©s. Jean-Michel Saussois Ă©voque Goya, chien et loup. La rubrique Geek d’Estelle Peyrard et SĂ©bastien Vermandel innove avec la prĂ©sentation d’un premier outil d’intelligence artificielle pour le chercheur et l’enseignant. Un feuilleton s’ouvre sur CicĂ©ron. Nous suivons ce dernier, dans ces premiers Ă©pisodes, de son enfance Ă  son accession au consulat, puis Ă  son premier exil.
Dans ce numĂ©ro, Avin Panjeta a un entretien avec Robert Marty, mathĂ©maticien et philosophe. Laure Colin et Lucie Liversain rendent compte d’un livre sur cet objet organisationnel Ă©trange qu’est la DARPA. Liliana Doganova analyse l’actualisation du futur. Un dossier est consacrĂ© aux carriĂšres des enseignants-chercheurs en gestion. Il a Ă©tĂ© coordonnĂ© par Aude Deville et Olivier Meyer. HĂ©lĂšne Rainelli-Weiss et GĂ©raldine Schmidt prĂ©sentent les thĂ©ories qui permettent d’expliquer notre profession et nos carriĂšres. JĂ©rĂŽme MĂ©ric et Gwenaelle Nogatchewsky s’interrogent sur la libertĂ© acadĂ©mique. Éric SĂ©verin traite du rĂŽle de l’agrĂ©gation du supĂ©rieur dans les carriĂšres. Corentin Curchod revient sur son itinĂ©raire de maitre de confĂ©rence Ă  l’universitĂ©, puis de professeur en Ă©cole de commerce, d’abord en France puis au Royaume-Uni. Enfin, Jocelyn Husser et Anne Goujon Belghit invitent MoliĂšre dans le dĂ©bat. AliĂ©nor Benech prĂ©sente la notion de bullshit job Ă  partir du livre de David Graeber. Pour finir, Vincent Gorgues nous fait dĂ©couvrir un Beethoven mĂ©connu. Durant l’étĂ© 2022, Deauville a rendu hommage Ă  un de ses plus fidĂšles estivants, chaque saison de 1913 Ă  1963, Ă  qui les planches allaient comme un gant. Kees van Dongen enchante l’hiver de ce numĂ©ro. Bonne lecture.
Richard Chenoweth, spĂ©cialiste de l’histoire de l’architecture, reconstitue la premiĂšre Library of Congress inspirĂ©e par la vogue de l’Égyptologie suscitĂ©e par l’expĂ©dition de Bonaparte. Dans le sĂ©minaire du CRG, Simcha Jong est intervenu sur le rĂŽle de la science dans le changement technologique, et Brice Laurent sur la politique du passage Ă  l’échelle. Catherine Gayda rend compte du livre de chroniques d’Armand Hatchuel, Ce que gĂ©rer veut dire, et Estelle Peyrard de celui de LoĂŻc Andrien et Coralie Sarrazin, Handicap : une rĂ©volution participative. Revenant sur le personnage de Trissotin, Jean-François Chanlat s’interroge avec humour sur la dĂ©rive actuelle des sciences de gestion. Christian Morel reprend la question de l’origine de l’épidĂ©mie de Covid en explorant l’hypothĂšse de l’accident de laboratoire. Deux figures oubliĂ©es, ayant pourtant jouĂ© un rĂŽle important dans notre histoire, complĂštent ce numĂ©ro. Le lecteur qui aura eu le courage d’aller jusqu’à la fin pourra ainsi glisser quelques mots Ă©clairants Ă  propos d’Édouard de Castelnau ou de Pierre-Jean de BĂ©ranger au hasard d’une conversation, si du moins celle-ci venait se porter sur la victoire de la Marne ou sur l’opposition rĂ©publicaine Ă  la Restauration
 Gare quand mĂȘme Ă  ne pas jouer au Trissotin ! Laure Colin fĂȘte les dix ans de la rubrique Geek. Ce numĂ©ro est dĂ©diĂ© Ă  la mĂ©moire de RĂ©mi Maniak. RĂ©mi avait Ă©crit dans le premier numĂ©ro du Libellio un article original, qui vaut toujours d’ĂȘtre lu aujourd’hui. Depuis, il avait construit une Ɠuvre de chercheur. Son enthousiasme et sa chaleur nous manquent. Nos pensĂ©es vont Ă  sa famille et Ă  ses proches.
Florent Castagnino et Geoffrey Leuridan consacrent la rubrique geek de ce numĂ©ro aux plates-formes de transcription automatique de l’oral Ă  l’écrit, particuliĂšrement utiles lorsque l’on fait des entretiens enregistrĂ©s. Jean-François Chanlat rend compte de deux ouvrages sur la question du multilinguisme, importante pour nous chercheurs ; JoĂ«l Perez-Torrents du dernier livre d’Eric Topol sur les Ă©volutions actuelles et profondes de la mĂ©decine. Autres livres prĂ©sentĂ©s : celui de Peter Robinson sur la chute de Boeing, autour de l’une des plus grandes catastrophes industrielles de l’histoire, le 737 Max, et celui de Pierre Jouventin consacrĂ© Ă  la louve Kamala, lu par Michel Moglia. Aurore Fierobe, Éline ArquiliĂšre et Étienne Minvielle consacrent un article aux travaux de Samer Faraj sur la question essentielle de la coordination ; HervĂ© Dumez et Camille Toussaint Ă  un courant trop oubliĂ© et pourtant fondamental pour les sciences de gestion et la thĂ©orie des organisations, l’interactionnisme symbolique. Deux prĂ©sidents Ă  la triste figure concluent ce numĂ©ro. James Buchanan laissa se dĂ©clencher la guerre de SĂ©cession et Woodrow Wilson, Ă  qui Freud consacra un livre mordant et Ă©trange, Ă©choua dans la gestion de la paix qui suivit le carnage de 1914‑1918.
En 2021, Trouville a fĂȘtĂ© le deux-centiĂšme anniversaire de la naissance de Flaubert, qui accompagne de ses pensĂ©es ce numĂ©ro. HervĂ© Laroche reprend sa sĂ©rie d’articles sur l’écriture scientifique en traitant de l’anglais acadĂ©mique. Jean-Michel Saussois fait une recension du livre de Jean-Philippe RobĂ©, Property, Power and Politics, qui propose une approche juridique renouvelĂ©e de la question de l’entreprise. Aurore Fierobe prĂ©sente les livres de Christensen sur l’innovation de rupture et Arthur Gautier Les courtiers du capitalisme de Sylvain Laurens. Un compte est rendu de Collision Course de Hans Greimel & William Sposato, ouvrage consacrĂ© Ă  l’ascension et Ă  la chute de Carlos Ghosn, et, repartant de l’article de Moira CrĂ©tĂ©, une exploration des mots latins de la gestion est tentĂ©e. Rome, Ă  laquelle mĂšnent tous les chemins, n’est pas quittĂ©e sans que soient Ă©voquĂ©s Ausone et ValĂšre Maxime.
Trois comptes rendus de sĂ©minaire dans ce numĂ©ro : BenoĂźt Demil et Xavier Lecocq font le point sur dix ans de recherches consacrĂ©es aux business models ; ValĂ©rie Beaudouin prĂ©sente ses recherches sur les formes d’organisation en ligne, et Christian Licoppe analyse la surveillance en action. Un dossier est consacrĂ© Ă  la philosophie et Ă  la thĂ©orie de l’action. Repartant de la philosophie fondatrice de Maurice Blondel, il Ă©voque la figure moins connue d’Ota Weinberger. Le livre de Jean-Pierre BrĂ©chet sur l’action collective, proposant une approche rĂ©gulationniste, est ensuite prĂ©sentĂ© et l’auteur rĂ©pond au compte rendu. On remonte alors Ă  Aristote et au concept de prudence, et Étienne Minvielle rend compte du livre d’Ansell et Bartenberger appliquant l’approche pragmatiste Ă  la gestion de crise. Christian Morel revient sur la prĂ©sentation qu’HervĂ© Laroche a fait du livre The Enigma of Reason dans un numĂ©ro prĂ©cĂ©dent. La rubrique Geek porte cette fois sur la revue de littĂ©rature. Tout se clĂŽt avec Sacha Guitry et Jacques Offenbach. Il y a donc ici de quoi lire matin et soir. Des choses sĂ©rieuses ont Ă©tĂ© mĂȘlĂ©es Ă  de plus lĂ©gĂšres, afin de crĂ©er pour chaque moment un plaisir. Est quod mane legas, est et quod vespere ; laetis Seria miscuimus, tempore uti placeant. (Ausone)
Christian Morel analyse l’insatisfaction française, qui fait que nos compatriotes sont particuliĂšrement pessimistes quant Ă  la maniĂšre dont la crise a Ă©tĂ© gĂ©rĂ©e, et qui a sans doute des racines profondes liĂ©es Ă  notre histoire. Camille Toussaint fait le point sur une doctrine (particuliĂšrement absurde, mais malheureusement en voie de se rĂ©pandre) concernant ce qu’il est convenu d’appeler l’auto-plagiat : ne risque-t-on pas de voir un projet d’article rejetĂ© par une revue, simplement parce qu’il est issu d’une communication prĂ©sentĂ©e dans un colloque et donc, Ă  ce titre, publique ? HervĂ© Laroche rend compte du livre de Hugo Mercier et Dan Sperber portant sur l’énigme de la raison. Des sĂ©minaires Ă©galement au sommaire de ce numĂ©ro, celui de Jean-Claude Moisdon sur la recherche-intervention, celui de JĂ©rĂŽme Denis et David Pontille sur la pratique de la maintenance. La rubrique Geek est quant Ă  elle consacrĂ©e Ă  LaTeX, un outil de plus en plus utilisĂ©, plus simple finalement qu’il n’y paraĂźt. Le Libellio, enfin, a retrouvĂ© les mĂ©moires du marĂ©chal de l’HĂŽpital qui Ă©clairent d’un jour nouveau le dĂ©roulĂ© de la bataille de Rocroi. Et, restant en ces dĂ©buts du rĂšgne de Louis XIV, rappelle la figure de Jacques Champion de ChambonniĂšres.
Si HervĂ© Laroche nous donne Ă  rĂ©flĂ©chir sur l’écriture scientifique, sous l’angle cette fois de la question des styles, le reste du numĂ©ro est consacrĂ© aux livres. Celui de Sandra Lucbert, Personne ne sort les fusils, approche littĂ©raire du management, est prĂ©sentĂ© par Jean-Michel Saussois. Business for Society, qui entend restaurer le lien entre management et sociĂ©tĂ©, l’est par Sandra Renou. L’État entrepreneur revient sous la plume de Mariana Mazzucato et John Child, quant Ă  lui, reprend la notion de hiĂ©rarchie Ă  laquelle il consacre un petit livre qui en donne une synthĂšse utile et rĂ©flĂ©chie. L’écriture est Ă©galement Ă©voquĂ©e Ă  travers deux chefs d’Ɠuvre, la lettre de Lord Chandos, avec la rĂ©ponse qu’y fit Pascal Quignard, et le Doktor Faustus. La chronique Geek est quant Ă  elle consacrĂ©e, comme il se doit en cette pĂ©riode, Ă  l’enseignement Ă  distance. Bonne fin d’annĂ©e 2020 (une page Ă  tourner sur bien des plans, mais pas tous, fort heureusement), et bonne lecture.
HervĂ© Laroche poursuit la sĂ©rie de ses articles sur l’écriture scientifique, en abordant ici la question de la lisibilitĂ©. HervĂ© Dumez et Sandra Renou prĂ©sentent leur livre sur l’action collective des entreprises et les mĂ©ta-organisations qui l’organisent. RĂ©mi Jardat commente le livre important de Thomas Piketty, Capital et idĂ©ologie. Louis Menand a consacrĂ© il y a quelques annĂ©es un ouvrage aux pragmatistes, personnages un peu Ă©tranges, dont il est rendu compte. Lionel Garreau offre un prĂ©cis mĂ©thodologique, revenant notamment sur l’étude de cas et le codage. Enfin, ce numĂ©ro revient sur sans doute la plus brillante conversation de l’histoire de la littĂ©rature.
Vincent Bouchet prĂ©sente VOSviewer, un outil permettant de cartographier une littĂ©rature. HervĂ© Laroche poursuit quant Ă  lui son analyse de l’écriture scientifique en revenant sur la structure imposĂ©e par les revues dites scientifiques. VĂ©ronique Bouchard traite de l’intrapreneuriat, il est question des liens entre savoir des chercheurs et savoirs des praticiens en management, et Camille Toussaint rend compte du livre de Göran Ahrne et Nils Brunsson sur l’organisation partielle. La pratique du plaider coupable peut-elle ĂȘtre comparĂ©e Ă  celle de la torture au Moyen-Âge, employĂ©e notamment dans les procĂšs de sorcellerie Ă©voquĂ©s dans le numĂ©ro prĂ©cĂ©dent ? John H. Langbein le pensait et retour est fait sur son article aussi troublant que stimulant. Loin de celle des CicĂ©ron et Tite-Live, la Rome de Martial et de la douceur des nuits du printemps commençant est enfin Ă©voquĂ©e. Du 18 mai au 3 novembre 2019 a eu lieu au Havre, au musĂ©e AndrĂ© Malraux, une exposition Raoul Dufy, dont nous rendons compte Ă  notre maniĂšre. Lecteur, prĂȘte-nous un peu de ton attention, tu y trouveras peut-ĂȘtre quelque plaisir.
Un dossier, dans ce numĂ©ro, est consacrĂ© Ă  la science ouverte. Sommes-nous Ă  la veille d’une rĂ©volution touchant la publication scientifique et l’évaluation des chercheurs ? Peut-ĂȘtre. Un second porte sur l’un des phĂ©nomĂšnes sociaux les plus troublants qui aient Ă©tĂ©, un dĂ©fi Ă  l’analyse, la vague des procĂšs de sorcellerie entre xve et xviie siĂšcles dans les pays catholiques et protestants. HervĂ© Laroche ouvre une sĂ©rie d’articles consacrĂ©s Ă  l’écriture scientifique et Christian Morel tente une sociologie d’une activitĂ© (d’un mĂ©tier ?) peu connue, celle de confĂ©rencier invitĂ©. Silvia Gherardi donne des Ă©lĂ©ments Ă  propos des recherches sur les pratiques. La rubrique Geek est consacrĂ©e Ă  la prise de notes Étrangement, une partie de notre histoire culturelle trouve ses origines dans les Lowlands, les Borders et les Highlands. L’Écosse pourrait-elle ĂȘtre autre qu’europĂ©enne ? Et que sommes-nous d’autre, chercheurs, que des ramasseurs de coquillages sur les rivages du grand ocĂ©an de l'inconnu ?
La rubrique Geek est cette fois consacrĂ©e Ă  l’enseignement : quels outils pour favoriser la participation des Ă©tudiants durant un cours ? Bernard Kahane analyse la maniĂšre dont nous ne lisons que ce que nous voulons lire. Plusieurs livres sont prĂ©sentĂ©s : Les nouvelles lois de l’amour, de Marie Bergström ; Public Management as a Design-Oriented Professional Discipline de Michael Barzelay ; La logistisation du monde – Chroniques sur une rĂ©volution en cours dirigĂ© par Nathalie Fabbe-Costes et AurĂ©lien Rouquet ; Longitude. L’histoire d’un gĂ©nie solitaire qui rĂ©solut la plus grande Ă©nigme scientifique de son temps, de Dava Sobel. Un article revient sur la modernitĂ© de l’approche du management dĂ©veloppĂ©e par Mary Parker Follett. Comment Ă©chapper au charme de Rosalinde ? Shakespeare dĂ©couvrit son hĂ©roĂŻne dans le livre de Thomas Lodge Ă  un moment de sa vie oĂč il avait disparu, sans que nul n’ait jamais su ce qu’il avait pu faire durant cette pĂ©riode. Le Libellio lance Ă©galement une campagne pour que Philippe Desportes trouve enfin la place qui lui revient au panthĂ©on de la poĂ©sie française : aux cĂŽtĂ©s de Marot, du Bellay et Ronsard. N’hĂ©sitez pas Ă  soutenir cette croisade. If you like it, so.
Ce numĂ©ro est principalement consacrĂ© Ă  la recherche de terrain. Le dernier sĂ©minaire d’hiver de la SociĂ©tĂ© Française de Management (SFM) a Ă©tĂ© consacrĂ© au sujet. Il en est rendu compte. Deux thĂšmes actuels sont notamment abordĂ©s : la montĂ©e en puissance des comitĂ©s d’éthique, qui peuvent constituer une menace lourde pour l’approche terrain, et les nouveaux outils pouvant au contraire faciliter sa pratique. Pas de rubrique geek, donc, exceptionnellement, parce que les auteurs habituels de la rubrique sont intervenus une premiĂšre fois lors de ce sĂ©minaire d’hiver pour prĂ©senter certains de ces outils, puis, plus longuement lors d’une session qu’ils ont animĂ©e sur ce thĂšme. À propos des comitĂ©s d’éthique toujours, le livre central de Zachary M. Schrag explique comment ce dispositif s’est imposĂ© et il est prĂ©sentĂ© en complĂ©ment du sĂ©minaire. Un texte le complĂšte, centrĂ© sur ce qui se passe au niveau europĂ©en. La recherche de terrain a d’abord Ă©tĂ© pratiquĂ©e par les ethnographes. Nous republions deux textes parus dans la Gazette du CRG en 1986 portant sur le journal d’ethnographe de Malinowski. Que pouvait bien signifier « publier un livre » avant l’imprimerie et en l’absence de tout droit d’auteur ? Pour rĂ©pondre Ă  cette question, un passage par la Rome antique apparaĂźt intĂ©ressant. Enfin, Ă  l’approche de la grande pause de l’étĂ©, une excursion est proposĂ©e en haute montagne, et une autre sur les mers, toujours dangereuses. Bonne lecture.
Le Libellio revient Ă  sa raison d’ĂȘtre : ce numĂ©ro est consacrĂ© aux livres, Ă  l’exclusion bien sĂ»r des ennuyeux. L’un traite de l’angoissante et trop nĂ©gligĂ©e question des plantes de bureau. Deux autres des nouvelles formes de consommation, s’interrogeant sur la nature des Ă©volutions que, consommateurs, nous connaissons tous. Les gilets jaunes forment-ils un mouvement social ? C’est dans un livre d’Alain Touraine que se trouve peut-ĂȘtre la rĂ©ponse Ă  cette question. Quant Ă  psychanalyse et monde organisationnel, ils sont liĂ©s depuis longtemps. Un ouvrage qui vient de paraĂźtre explique pourquoi et comment. Nos sociĂ©tĂ©s sont peut-ĂȘtre en train de s'effondrer environnementalement. Un retour sur le livre de Jared Diamond est sans doute nĂ©cessaire. Enfin, est prĂ©sentĂ©e une somme sur un courant de pensĂ©e essentiel, le pragmatisme, auquel le Libellio avait consacrĂ© un dossier en 2007. La rubrique Geek explique quant Ă  elle comment gĂ©rer ses flux RSS pour se tenir au courant des informations pertinentes pour nos recherches, dont fait partie la parution des livres. Les figures de Charles-Joseph de Ligne et Xavier de Maistre, deux auteurs profonds sous l’apparente lĂ©gĂšretĂ© de leurs Ă©crits, sont Ă©galement Ă©voquĂ©es. Bonne lecture.
Geoffrey Leuridan et CĂ©cile Chamaret consacrent la rubrique Geek de ce numĂ©ro Ă  un rival de PowerPoint. Pauline Westerman revient quant Ă  elle sur la philosophie de la rĂ©gulation. Six ans aprĂšs celui de l’étĂ© 2012 et alors que la loi PACTE vient d’ĂȘtre votĂ©e, Kevin Levillain, Blanche Segrestin, Armand Hatchuel et Matthieu Battistelli composent un nouveau dossier sur les entreprises Ă  mission ou Ă  projet. Louis Cougoureux et Pierre Zeller commentent le livre de Guillaume Pitron sur la question importante pour nos Ă©conomies des mĂ©taux rares. AlbĂ©ric Tellier propose une lecture du dĂ©veloppement et de la chute de l’industrie du flipper qui enchanta notre jeunesse (pour les plus vieux d’entre nous
). Le livre Innovation et participation est prĂ©sentĂ© par ses coordinateurs et commentĂ© par Dominique Cardon et Daniel Kaplan. BĂ©nĂ©dicte Vidaillet, Carine Chemin-Bouzir et Christophe Vignon posent la question des nouveaux risques liĂ©s au mĂ©tier d’enseignant-chercheur et proposent des recommandations visant Ă  protĂ©ger les jeunes l’ayant choisi. Nathalie Fabbe-Costes, VĂ©ronique des Garets, Emmanuelle Chevreau et Christine Musselin ont introduit un dĂ©bat sur l’agrĂ©gation du supĂ©rieur en gestion, lui aussi organisĂ© par la SociĂ©tĂ© Française de Management. Quelques notes rendent compte de la sĂ©ance de rentrĂ©e des cinq AcadĂ©mies. Enfin, le rapport au langage est abordĂ© Ă  partir de trois figures littĂ©raires particuliĂšres de ce point de vue, Stig Dagerman, James Joyce et Rabelais. Bonne lecture et heureuse annĂ©e 2019.
Jean-François Chanlat revient sur l’influence de Mauss dans la recherche amĂ©ricaine ethnographique, influence centrale et aujourd’hui pourtant trop souvent oubliĂ©e. Michel Villette suggĂšre une mĂ©thodologie originale de recueil de donnĂ©es, indirecte, fĂ©conde dans la comprĂ©hension de la vie des affaires. Sophie-Dubuisson est intervenue sur la question importante du gouvernement des conduites lors d’un sĂ©minaire du Grets. Il est Ă©galement rendu compte d’une journĂ©e qui a portĂ© sur le rĂŽle des nouvelles technologies dans la transition Ă©nergĂ©tique et sur les dĂ©bats publics auxquels elles donnent lieu. Le droit a-t-il fondamentalement Ă©voluĂ© dans les annĂ©es rĂ©centes ? C’est la thĂšse dĂ©fendue par Pauline Westerman dans un livre qui vient de paraĂźtre. Pour penser la nouveautĂ©, la rupture, faut-il s’intĂ©resser Ă  la mĂ©taphore, qui articule dimension langagiĂšre et dimension d’action ? S’appuyant sur Schön, RicƓur, Lakoff et Johnson, un article revient sur la thĂ©orie de la mĂ©taphore et son importance pour analyser l’innovation. Deux figures sont enfin Ă©voquĂ©es, l’une contemporaine et Ă©gyptienne, l’autre venant de la Chine du premier millĂ©naire : Anouar El Sadate et Su Shi, dit Su Dongpo.
Neigeux par Ă©pisodes, long et pluvieux, l’hiver qui s’est Ă©loignĂ© fut propice Ă  la rĂ©flexion, aux Ă©changes et Ă  la lecture. Trois sĂ©minaires dans ce numĂ©ro. Janvier, avec une intervention de Bernard Cova autour de son livre consacrĂ© Ă  la vie sociale des marques. FĂ©vrier, et le sĂ©minaire d’hiver de la SociĂ©tĂ© Française de Management qui s’est tenu Ă  l’ESCP-Europe sur la gestion Ă  l’heure de la digitalisation. Mars enfin, et la difficile question de l’articulation entre discours et pratiques, d’hier Ă  aujourd’hui – occasion de revenir sur le livre-tournant de Giacomo Todeschini. Des livres aussi, bien sĂ»r. Le patient et le systĂšme de Étienne Minvielle sur la gestion de la singularitĂ© Ă  grande Ă©chelle, enjeu de management majeur pour l’avenir du systĂšme de soins. Celui d’une Ă©quipe de chercheurs en sciences sociales qui travaille sur le BIM (Building Information Management), une rĂ©volution dans le secteur de la construction. Des voitures Ă©lectriques, des fusĂ©es, des batteries et le projet de coloniser Mars, avec la traduction française du livre d’Ashlee Vance sur Elon Musk. Behemoth de Joshua Freeman, le livre fleuve que l’on attendait sur le gigantisme industriel depuis son origine dans l’Angleterre du xviiie siĂšcle jusqu’aux usines monstres de la Chine et du Vietnam contemporains. Retour et dĂ©tour, ensuite, sur la dĂ©figuration de la vierge de Michel-Ange par LĂĄszlĂł Toth, un dimanche de printemps. Cette livraison se termine avec la figure de Rachi, lointaine et si proche, alors que fut inaugurĂ©e en septembre dernier, Ă  Troyes qu’il fit connaĂźtre dans le monde entier, une maison Ă  son nom, et ce mot qu’il nous transmit : chut !
Dans ce numĂ©ro, tout d’abord, deux comptes rendus de livres. L’un, venant de paraĂźtre et Ă©crit par Jonathan Haskel et Stian Westlake, porte sur l’intangible, le capitalisme sans capital. Il change notre vision de l’évolution actuelle de nos Ă©conomies. L’autre revient sur l’économie au Moyen Âge, en Ă©cho au dossier consacrĂ© au livre de Giacomo Todeschini discutĂ© dans le prĂ©cĂ©dent Libellio. L’ouvrage prĂ©sente l’étonnant procĂšs d’un prĂȘteur juif Ă  Marseille en 1317 au cours duquel tĂ©moignĂšrent, en sa faveur, des membres des grandes familles chrĂ©tiennes de la ville. Le Libellio a Ă©galement confiĂ© Ă  StĂ©phanie Chatelain-Ponroy et Aude Deville un dossier sur le thĂšme « faire sens de l’évaluation ». Les techniques de l’évaluation, qui se sont diffusĂ©es Ă  l’ensemble de la sociĂ©tĂ©, de l’entreprise Ă  l’hĂŽpital en passant par l’école ou les associations, s’appliquant aujourd’hui quasiment Ă  toute activitĂ© sociale, sont issues pour l’essentiel du contrĂŽle de gestion. Les auteurs des textes de ce dossier appartiennent Ă  cette discipline et ils ont acceptĂ© de varier tant les sujets abordĂ©s que les points de vue et les formes d’expression. Nous les en remercions tout particuliĂšrement. La rubrique du chercheur Geek est consacrĂ©e Ă  l’extraction de donnĂ©es textuelles dans les images. Les illustrations de ce numĂ©ro sont empruntĂ©es Ă  Jacques Callot.
Nous serions bien en peine de dire ce que nous pensons de la plupart des articles ou des livres que nous lisons : y a-t-il d’ailleurs vraiment quelque chose Ă  en penser ? Essayons du moins de rendre compte de ceux qui ont de l’intĂ©rĂȘt. Un dossier de ce numĂ©ro est justement consacrĂ© Ă  un livre marquant, celui de Giacomo Todeschini qui rĂ©volutionne notre approche de ce qu’a pu ĂȘtre au Moyen Âge l’économie, conçue Ă  la fois comme les phĂ©nomĂšnes liĂ©s Ă  la richesse (economy) et comme la maniĂšre dont ils ont Ă©tĂ© pensĂ©s (economics). Un autre dossier est quant Ă  lui consacrĂ© aux relations entre design et management, les deux pris en tant que pratiques et approches, relations qui sont en train d’ouvrir un nouveau champ de recherche, de pensĂ©e et d’action. Outre ces deux dossiers, une grande variĂ©tĂ© de sujets, telles que les espĂšces invasives, l’écriture scientifique, l’impression 3D, la persuasion, la dynamique de la contestation, la recherche engagĂ©e. La rubrique geek est consacrĂ©e Ă  l’art des diagrammes. De quoi, lecteur, occuper vos soirĂ©es d’hiver auprĂšs d’un feu crĂ©pitant.
Jacques Girin eut cette hardiesse d’oser ĂȘtre soi et un dossier lui est consacrĂ©. Il comporte les interventions d’une table ronde de l’AIMS qui se tint cette annĂ©e Ă  Lyon : Jean-François Chanlat, Franck Aggeri, Amaury Grimand et ÉlĂ©onore Mandel ont Ă©changĂ© sur ses apports. Un second volet est consacrĂ© aux cours que Jacques Girin donnait dans le cadre du DEA 103 de Dauphine, « MĂ©thodes scientifiques de gestion », les plus centraux, soit ceux qui portent sur Durkheim et Weber et sur les notions de communautĂ© et de cadre. Ces textes abordent des questions fondamentales pour toute analyse de phĂ©nomĂšnes sociaux, de quelque discipline qu’elle puisse se rĂ©clamer. La rubrique geek explique comment il est possible d’analyser des entretiens Ă  la fois au niveau de leur enregistrement et de leur retranscription. Faut-il vraiment collecter des donnĂ©es ? S’inspirant de Pierre Bayard, souvent prĂ©sent dans le Libellio, AurĂ©lien Rouquet pose cette question iconoclaste. Henry Hansmann a Ă©crit un livre, devenu un classique, sur la thĂ©orie de l’entreprise. Le Libellio revient sur cet incontournable. Comme il revient aussi sur l’expĂ©rience du Puy-de‑DĂŽme, en hommage inattendu Ă  Descartes. Un dernier chemin buissonnier l’entraĂźne Ă  Fontaine-de-Vaucluse, de toutes les exsurgences la plus belle. Nombre d’illustrations de ce numĂ©ro viennent de l’exposition « GĂ©omĂ©tries amoureuses » de Jean-Michel Othoniel organisĂ©e au CRAC de SĂšte du 10 juin au 24 septembre 2017. Cet artiste est aussi l’auteur du Kiosque des noctambules de la place Colette et d’une nouvelle approche du théùtre d’eau de Versailles.
Dans une nouvelle rubrique geek, CĂ©cile Chamaret et Geoffrey Leuridan Ă©tablissent un pont utile entre Word et Zotero, facilitant ainsi la composition des bibliographies. Le congrĂšs de l’Association Internationale de Management StratĂ©gique (AIMS) se tient cette annĂ©e Ă  Lyon. FrĂ©dĂ©ric Le Roy a saisi cette occasion pour poser la question de l’avenir de la stratĂ©gie comme champ de recherche, ainsi que celle des conditions institutionnelles de ce futur. Philippe Baumard, StĂ©phanie Dameron, Rodophe Durand, FrĂ©dĂ©ric FrĂ©ry et Philippe Monin lui rĂ©pondent. Bernard Cova s’interroge sur l’offre payante de moments de douleur aux cadres d’entreprises et son succĂšs. HervĂ© Laroche et VĂ©ronique Steyer commentent un livre sur le secret dans les organisations. Lors d’un sĂ©minaire SFM, Didier Pourquery a prĂ©sentĂ© le site The Conversation qui jouit d’un Ă©cho grandissant auprĂšs des chercheurs. La notion d’imprinting, empruntĂ©e Ă  la biologie et utilisĂ©e en thĂ©orie des organisations, est discutĂ©e par Sandra Renou. JĂŒrgen Kocka a Ă©crit un petit ouvrage sur l’histoire du capitalisme. Il en est rendu compte. Notre reporter photographique Ă  Lyon est Emmanuelle Ravinet que nous remercions, ainsi que Marie-Rachel Jacob. Pour le reste, appliquons-nous Ă  faire progresser la raison, en ce siĂšcle qui commence Ă  bien des Ă©gards dans le ridicule.
Une vague de populisme semble devoir recouvrir nos pays. Suzanne Berger en fait l’analyse. Jean-Michel Saussois la complĂšte d’un tĂ©moignage. Le travail et la mode, deux plaisirs de la vie et deux questions de recherche fascinantes, sont objets de dossiers rassemblant divers auteurs et perspectives. Les Ă©volutions de l’un et l’autre sont marquĂ©es par le numĂ©rique et la question du droit. Et, bien sĂ»r, par celle des plates-formes dont il est difficile d’évaluer aujourd’hui l’impact Ă©conomique et social rĂ©el. Un sujet trĂšs ancien, l’information, est abordĂ© par Paul Duguid au travers de l’analyse d’un auteur majeur, Tim Wu, comme aussi un thĂšme trĂšs rĂ©cent, le transhumanisme, qui anime notamment la stratĂ©gie de Google, par YaĂ«lle Amsallem. LĂ  encore se retrouve la double question du numĂ©rique et du droit, sous des formes potentiellement effrayantes quand il est question de nos existences. Une interrogation tout aussi Ă©trange est Ă©galement Ă©voquĂ©e : faut-il aimer la bureaucratie ? HervĂ© Laroche analyse l’ouvrage de David Graeber qui avance des rĂ©ponses originales. Sylvain Bureau commente quant Ă  lui un livre collectif sur la dimension organisationnelle du don et Thibault Schrepel avance la notion d’innovation prĂ©datrice. La sociologie des organisations fĂȘte ses cinquante ans. Entreprises et Histoire lui a consacrĂ© un numĂ©ro spĂ©cial qui fait l’objet d’une prĂ©sentation. Le coin des geeks suggĂšre des pistes intĂ©ressantes pour transcrire les entretiens menĂ©s au cours d’une recherche, problĂšme concret que rencontrent beaucoup de chercheurs dĂ©butants comme confirmĂ©s. Enfin, les figures hĂ©tĂ©ronymiques de Serge RĂ©nine et Henri Brulard terminent cette livraison.
Deux dossiers dans ce numĂ©ro. Le premier est consacrĂ© au xviie siĂšcle. À Amsterdam cohabitĂšrent l’argent et la libertĂ© en une relation sinon harmonieuse, du moins relativement pacifique dans sa fragilitĂ© mĂȘme. À Paris, oĂč trois amis lancĂšrent la premiĂšre entreprise de transports en commun, les carrosses Ă  cinq sous, et oĂč se virent alors entremĂȘlĂ©s innovation, argent, ascĂšse religieuse et service public. Le second, plus Ă©toffĂ©, est consacrĂ© Ă  Fayol, alors que l’on cĂ©lĂ©brait cette annĂ©e le centenaire de la parution de l’Administration industrielle et gĂ©nĂ©rale. Il reprend les communications prĂ©sentĂ©es dans un colloque organisĂ© par Karin Brunsson Ă  Uppsala en octobre 2016. Et puis comment conduire l’étude des pratiques, Houellebecq au Palais de Tokyo, l’innovation managĂ©riale encore, Grand Central Terminal – merveille sauvĂ©e in extremis de la dĂ©molition. Et bien sĂ»r, la rubrique Geek. CĂ©cile Chamaret, Silvia Gherardi, Pierre-Yves Gomez, Armand Hatchuel, Geoffrey Leuridan, Jean-Michel Saussois, Blanche Segrestin et Joep Schrijvers ont collaborĂ© Ă  ce numĂ©ro. Vienne enfin, avec Cimarosa et son mariage secret, le deuxiĂšme quatuor de Schönberg qui marque le basculement vers l’atonalitĂ©, Mahler et Freud, deux Viennois se retrouvant prĂšs d’Amsterdam le 26 aoĂ»t 1910. Et ce cher Augustin, sortant de sa fosse pour Ă©chapper Ă  l’horreur, sa cornemuse Ă  la bouche, qui nous ramĂšne quant Ă  lui au xviie siĂšcle. Tout, finalement, n’est peut-ĂȘtre pas complĂštement fichu. Du moins est-ce l’espoir qui nous reste. Merci Ă  HervĂ© Laroche pour les photos qu’il a bien voulu confier au Libellio.
Le langage est le fil conducteur de ce numĂ©ro. L’idĂ©e qu’il puisse crĂ©er une rĂ©alitĂ©, ce qu’Austin a appelĂ© performativitĂ©, a Ă©tĂ© souvent Ă©voquĂ©e dans le Libellio, notamment par Michel Callon. Austin a Ă©galement marquĂ© les travaux de Jacques Girin, auquel un dossier est consacrĂ©, ses travaux ayant ouvert un champ de recherche sur le langage dans les organisations. Les autres aspects de la pensĂ©e de Jacques Girin sont Ă©galement couverts : les situations de gestion et les agencements, l’espace et les organisations, la mĂ©thodologie. Christopher Clarke, quant Ă  lui, montre le rĂŽle jouĂ© par les mots et les « reconstructions fictives » dans la crise qui conduisit Ă  la PremiĂšre Guerre mondiale. Il est rendu compte de trois sĂ©minaires : l’un sur la gestion de la sĂ©curitĂ©, un autre portant sur la place de la gestion dans les Idex et autres Comue et un troisiĂšme, enfin, sur le systĂšme d’archives ouvertes HAL, sujet qu’aborde Ă©galement la rubrique du chercheur geek. Les mots peuvent crĂ©er des images, dans un processus qui reste mystĂ©rieux. Deux maĂźtres incomparables de cet art trĂšs particulier et fascinant qu’est l’image verbale, un Espagnol du xviie siĂšcle, Quevedo, et HĂąfez, un persan du xive siĂšcle, sont Ă©voquĂ©s. Du 25 mars au 21 aoĂ»t 2016 a eu lieu, au musĂ©e d’art moderne de la ville de Paris, une exposition Albert Marquet. Et, au musĂ©e Granet d’Aix, a eu lieu une exposition de son ami Charles Camoin (11 juin-2 octobre). Le Libellio rend hommage Ă  ces deux « peintres du temps suspendu ».
Dans ce numĂ©ro, un dossier sur la publication et l’écriture. Il comporte des papiers de rĂ©flexion sur ce qui nous obsĂšde tous dĂ©sormais, de maniĂšre absurde, et sur les Ă©volutions possibles des supports, mais aussi des aides Ă  l’écriture et Ă  la relecture avec une check-list particuliĂšrement utile au moment de l’envoi d’un papier ou d’une communication. Parmi les comptes rendus de livres, des retours sur deux auteurs – RĂ©gis Debray et Michel de Certeau – et sur deux phĂ©nomĂšnes contemporains, la fin de la croissance et l’essor de l’innovation. Trois sujets essentiels – l’expertise, les Ă©volutions du capital et du capitalisme, et la question de la mobilitĂ© – ont fait l’objet de sĂ©minaires rĂ©cents. Il en est rendu compte. Un article aussi sur cet objet Ă©trange que le Libellio suit depuis qu’il a Ă©tĂ© identifiĂ© par Göran Ahrne et Nils Brunsson : les mĂ©ta-organisations (ou organisations dont les membres sont des organisations). Leur rĂŽle croissant dans la gouvernance de nos sociĂ©tĂ©s y est analysĂ©. La rubrique Geek plaide pour une sortie de Google au profit d’un canard Ă  nƓud papillon vert, DuckDuckGo. Le centre de l’Europe recĂšle une merveille. Prague est Ă©voquĂ©e sous les traits de deux de ses figures, rabbi Loew ou le Maharal, et Franz Kafka. Les illustrations sont surtout issues de la jubilatoire exposition de Peter Fischli et David Weiss au Solomon R. Guggenheim de New York ce printemps.
L’importance des Ă©quipes dans les processus d’innovation, les stratĂ©gies globales, les techniques permettant de gĂ©rer le trop-plein d’information Ă  l’ñge prĂ©-classique, le green nudge, le cerveau, le management des autres ou comment amĂ©liorer les Ɠuvres ratĂ©es : nombreux sont les livres recensĂ©s dans ce numĂ©ro. Quant Ă  la rubrique du chercheur geek, elle traite cette fois des recherches sur Google. Deux sĂ©minaires intervenus en 2015 nous ont paru mĂ©riter un compte rendu. L’un concerne l’entreprise comme entitĂ© politique, l’autre la responsabilitĂ© sociale des entreprises et les chaĂźnes de valeur. Pourquoi Hamlet hĂ©site-t-il autant Ă  tuer l’assassin de son pĂšre ? La question agite depuis longtemps les historiens de la littĂ©rature et elle a hantĂ© Freud. Le Libellio pense avoir trouvĂ© enfin la rĂ©ponse, provisoirement dĂ©finitive. Un papier mĂ©thodologique est consacrĂ© Ă  la transposition aux recherches de terrain de la technique de la camĂ©ra subjective. GĂȘnes est peut-ĂȘtre la plus fascinante des villes italiennes. C’est en tout cas ce que pensaient Paul ValĂ©ry – la crise qui devait changer sa vie s’y Ă©tant dĂ©roulĂ©e une nuit de tempĂȘte – et Fernand Braudel, son historien empli d’admiration. En mai 2015 s’y est tenue la confĂ©rence « Discovering sustainable ocean energy for a new world ». Trois chroniques gĂ©noises, dont l’une forcĂ©ment corse, Ă©voquent cette ville Ă©trange. Un an auparavant, Budapest accueillait une exposition sur Dada et le surrĂ©alisme. L’ñne vert de SĂĄndor Bortnyik y Ă©tait exposĂ©. Ce numĂ©ro est illustrĂ© de quelques-unes des Ɠuvres de ce crĂ©ateur original, et de photos insolites qui peut-ĂȘtre y font Ă©cho.
Dans nos recherches comme dans nos vies, nous sommes faits des dialogues que nous avons la chance d’entretenir, ce que nous pouvons ĂȘtre et produire n’en Ă©tant que l’effet. Et nous nous amoindrissons au malheur des conversations qui se sont interrompues. Nombre d’auteurs ont bien voulu poursuivre une conversation intellectuelle entamĂ©e il y a dix ans. Ce sont ici, rejoignant ceux de la livraison prĂ©cĂ©dente, Magali Ayache, Julie Bastianutti, Michel Callon, Richard Chenoweth, Anne-Laure Fayard et Anca Metiu, Marie-Rachel Jacob, Vanessa Warnier, Xavier Lecocq et BenoĂźt Demil. Et, bien sĂ»r, pour la rubrique geek, CĂ©cile Chamaret et Geoffrey Leuridan. Colette Depeyre et Paul Duguid Ă©taient prĂ©sents en novembre 2005 comme ils le sont aujourd’hui, ce Ă  quoi nous sommes trĂšs sensibles. À tous, un trĂšs grand merci. Le premier numĂ©ro des dix ans Ă©tait dĂ©diĂ© au livre, avec cette Ă©pigraphe de MallarmĂ© : « Je ne sais d’autre bombe qu’un livre ». Nous avions prĂ©vu depuis longtemps de consacrer celui-ci Ă  Paris. Paris et ceux qui l’ont peint et mis en poĂšme, qui s’y sont un moment installĂ©s comme Mozart, Jefferson ou Stevenson, s’y sont promenĂ©s et aimĂ©s, qui l’ont fait vivre de leurs idĂ©es et de leur musique, le hantant toujours de leurs souvenirs. La pensĂ©e et l’écriture sont nos seules armes, et elles sont dĂ©risoires. Elles nous portent cependant, et continueront de le faire. Vale, quisquis es, amice lector.1 1 Qui que tu sois, porte-toi bien, ami lecteur.
Le 9 dĂ©cembre 1893, un anarchiste faisait exploser une bombe Ă  l’AssemblĂ©e nationale et c’est comme un commentaire de l’évĂ©nement que MallarmĂ© Ă©crivit notre Ă©pigraphe. Les livres explosions sont malheureusement rares, et trop nombreuses les bombes rĂ©elles. Reste que les livres continuent de nous former. NommĂ© juge alors qu’il n’avait nulle expĂ©rience de cette fonction, Aulu-Gelle raconte qu’il s’en acheta quelques-uns et apprit son mĂ©tier auprĂšs de ces muti magistri – ces maĂźtres muets (Nuits attiques, xiv, 2). Sont-ils pourtant en train de disparaĂźtre sous la forme que nous leur connaissons ? Le poĂšte Martial est le premier lecteur Ă  parler du choc que reprĂ©senta le fait d’en tenir un entre les mains, un Virgile, et surtout – merveille – de pouvoir le feuilleter (chose impossible avec un volumen, le livre en rouleaux tel que l’avait connu l’AntiquitĂ© jusque-lĂ ). Peut-ĂȘtre, le numĂ©rique reprĂ©sente-t-il le mĂȘme type de mutation. Ce numĂ©ro leur est en tout cas dĂ©diĂ©, ce qui est revenir Ă  l’hommage que constituait la crĂ©ation du Libellio lui-mĂȘme, en novembre 2005. Cette livraison marque donc un anniversaire. Beaucoup d’auteurs nous ayant accompagnĂ©s durant ces dix ans ont bien voulu y participer, ce dont nous les remercions. Si nombreux, en rĂ©alitĂ©, que ce numĂ©ro anniversaire va se dĂ©doubler. Les auteurs de cette premiĂšre livraison sont CĂ©cile Chamaret et Geoffrey Leuridan, Göran Ahrne, Silvia Gherardi et Antonio Strati, Jean-Michel Saussois, Julie Bastianutti, Franck Aggeri, Bernard Saincy, Michel Capron et Françoise Quairel-LanoizelĂ©e, HĂ©loĂŻse Berkowitz, Bernard Cova, Emmanuelle Rigaud et HervĂ© Laroche. Le premier Libellio s’était placĂ© sous l’esprit tutĂ©laire et lĂ©ger du prince de Ligne : « Je voudrais que notre devise fĂ»t tonner et Ă©tonner. » Nous avons l’espoir qu’il en ait Ă©tĂ© au moins un peu ainsi durant ces dix annĂ©es, et qu’il en soit de mĂȘme Ă  l’avenir. Les trois derniers textes de ce numĂ©ro sont consacrĂ©s Ă  des livres, l’un Ă©trange, le deuxiĂšme au destin mystĂ©rieux, et le troisiĂšme impossible. Bene vale, lector, et fruere !1 1 Porte-toi bien, ami lecteur, et prospĂšre !
De nombreux thĂšmes, divers o u v r a ge s , d e m u l t i p l e s sĂ©minaires au sommaire de ce numĂ©ro. AprĂšs le compte rendu du premier livre d’Eric Topol dans son dernier numĂ©ro de 2014, le Libellio reprend le thĂšme de la santĂ© numĂ©rique. L’esclavage Ă©tait au fondement des sociĂ©tĂ©s antiques. Il disparut vers l’an mille dans la sociĂ©tĂ© occidentale, qui inventa l’individu comme le montre le livre de Larry Siendentop, avant qu’elle ne le fasse rĂ©apparaĂźtre tardivement dans ses colonies. Sa nouvelle extirpation fut lente, obtenue grĂące Ă  l’action persĂ©vĂ©rante des antiesclavagistes au cours notamment de plusieurs affaires dont celle de l’Amistad (aprĂšs celles de Thomas Jefferson et de Theodore Roosevelt, le Libellio revisite ainsi la figure d’un autre prĂ©sident amĂ©ricain, John Quincy Adams). Au Moyen-Âge, un quadruple­ ment de population fut possible avec des Ă©nergies principalement renouvelables, celles de l’eau, de l’air et du bois. Y a-t-il lĂ  des leçons Ă  tirer pour le futur ? En tout cas, l’énergie et ses prix, ainsi que la durabilitĂ©, sont parmi les thĂšmes de ce numĂ©ro. Mais aussi la violentologie, les erreurs de pensĂ©e, le pĂšre NoĂ«l, la neuroĂ©conomie, les gĂšnes et le pouvoir. Avec bien sĂ»r la rubrique du chercheur geek. Et comme ce numĂ©ro sort au moment du deux-centiĂšme anniversaire de Waterloo, on y retrouvera un petit texte sur le duel dĂ©cisif entre Emmanuel de Grouchy et Neidhardt von Gneisenau.
Un dossier de ce numĂ©ro est consacrĂ© aux problĂšmes posĂ©s par le nuclĂ©aire : la gestion des dĂ©chets, l’analyse Ă©conomique des choix possibles, le maniement de l’instrument de gestion – utilisĂ© dans d’autres industries Ă  risque – qu’est le retour d’expĂ©rience. Elodie Gigout et Franck Aggeri sont les auteurs de ce dossier. Jean-Michel Saussois fait l’exercice de se souvenir de la Biennale de Venise 2013, et pratique cet exercice en sociologue. Comme il est de rĂšgle, plusieurs livres sont prĂ©sents dans ces pages. HĂ©loĂŻse Berkowitz rend compte de Organizational transformation for sustainability. An integral meta-theory ; LoĂŻc Andrien, de Sociologie des outils de gestion et HervĂ© Dumez, de Comment philosopher en Islam. Deux autres ouvrages, consacrĂ©s Ă  LĂ©onard de Vinci, donnent Ă  ÉlĂ©onore Mandel l’occasion de revenir sur cette figure unique. Il Ă©tait difficile de parler de LĂ©onard sans mentionner le texte que Paul ValĂ©ry lui consacra Ă  vingt-quatre ans, sa premiĂšre g r a n d e p u b l i c a t i o n . U n e rencontre d’un type partiellement analogue s’opĂ©ra lorsqu’ñgĂ© quant Ă  lui de vingt-sept ans, Gustav Mahler entra dans le cerveau crĂ©atif de Carl Maria von Weber. Et puisque le palais de Tokyo avait accueilli fin 2013-dĂ©but 2014 une trĂšs belle exposition Poliakoff, le Libellio rend hommage Ă  cet artiste attachant et profond.
Nombre de papiers de recherche Ă©tudiant une dynamique – un changement organisationnel ou une innovation – ne comportent pas mĂȘme une chronologie. La rubrique du chercheur geek vient heureusement Ă  leur secours. La question des big data est aujourd’hui au centre des dĂ©bats et des recherches et Christophe BĂ©navent lui consacre utilement un article. Comment une rĂ©alitĂ© se transforme-t-elle en problĂšme de gestion ? Comment en est-on arrivĂ© Ă  ce que les ocĂ©ans mĂȘmes, la plus grande partie de notre planĂšte et de loin, se transforment en un problĂšme de gestion ? À la suite du WRIC-Oceans qui s’est tenu cet automne Ă  Lisbonne, un dossier est consacrĂ© Ă  ces questions. Et des livres toujours : d’Eric Topol, l’ouvrage marquant sur la santĂ© numĂ©rique, ceux de Fabian Muniesa sur la performativitĂ© et de BĂ©atrice Vacher (et l’équipe de chercheurs de Lilith) sur le vivre de la technologie. Il sillonna les ocĂ©ans, dans l’absurditĂ© et l’insuccĂšs : Yves Joseph de Kerguelen, seigneur de TrĂ©marec, ferme ce numĂ©ro.
La gestion s’intĂ©resse surtout Ă  la crĂ©ation de valeur. Mais quel peut ĂȘtre le statut du don dans les rĂ©alitĂ©s de gestion ? Quelle place doit-on lui faire dans l’analyse ? Comment, de son cĂŽtĂ©, Dewey construit-il une thĂ©orie de la valuation et des valeurs ? Par quel type de stratĂ©gie de partenariat, les firmes peuvent-elles crĂ©er de la valeur en dĂ©gageant un avantage rĂ©seau ? Comment s’organisent les mouvements environnementaux pour assurer la sĂ©curitĂ© et le respect des communautĂ©s locales, menacĂ©es par les grands projets Ă©nergĂ©tiques ? Quel est le cheminement d’une thĂšse CIFRE ? Telles sont les questions abordĂ©es cet automne. Un dossier est Ă©galement consacrĂ© aux systĂšmes de systĂšmes qui ont de plus en plus d'importance dans le civil et le militaire et posent de considĂ©rables problĂšmes d’organisation, de gestion et de rĂ©gulation. La rubrique Geek s'intĂ©resse aux rĂ©seaux sociaux de chercheurs. Deauville habite ce numĂ©ro. Non pour son casino ou les Lamborghini garĂ©es devant le Normandie, mais pour ses ciels qui fascinĂšrent Boudin, et pour la petite auto d’AndrĂ© Rouveyre qui, il y a cent ans, ramena Guillaume Apollinaire Ă  Paris.
L’abbĂ© Terrasson est cĂ©lĂšbre pour un livre dont Schikaneder s’inspira lorsqu’il Ă©crivit l’étrange livret de la FlĂ»te enchantĂ©e et pour une citation Ă©nigmatique que Kant fit de lui dans la Critique de la raison pure : « L’abbĂ© Terrasson dit bien que si l’on mesure la longueur d’un livre, non d’aprĂšs le nombre des pages, mais d’aprĂšs le temps nĂ©cessaire pour l’entendre, il en est beaucoup dont on pourrait dire qu’ils seraient beaucoup plus courts s’ils n’étaient pas si courts ». Ce numĂ©ro s’ouvre sur un dossier consacrĂ© au concept d’agencement marchand dĂ©veloppĂ© dans un livre quant Ă  lui Ă©pais. Il comporte une recension de cet ouvrage paru rĂ©cemment et coordonnĂ© par Michel Callon ainsi que le compte rendu d’une table ronde qui s’est dĂ©roulĂ©e Ă  l'École des Mines Ă  l’occasion de sa sortie. Les controverses autour de la mĂ©canique quantique, la notion de conjecture, le parcours de Silvia Gherardi, les fondements philosophiques des approches critiques, l’entreprise comme objet Ă  dĂ©crire, Ă  thĂ©oriser et Ă  Ă©valuer, de nouvelles perspectives sur la rĂ©gulation, la notion de champ, forment les diffĂ©rents thĂšmes de cette parution. Et bien sĂ»r la rubrique du chercheur geek. Les villes sont femmes, dont la premiĂšre rencontre peut rendre amoureux. Ainsi, de Cracovie. En 1772, alors que l’Autriche et la Prusse Ă©crasaient la Pologne, les nouvellistes parisiens se retrouvaient sous le plus gros des arbres des jardins du Palais Royal, un tilleul probablement. La plupart des nouvelles Ă©changĂ©es Ă©taient fausses et un abbĂ© obscur, qui disait recevoir des lettres de Cracovie, expliquait comment il ferait manƓuvrer une armĂ©e de trente mille hommes pour sauver ce malheureux pays si on lui en confiait le commandement. Ce tilleul devint cĂ©lĂšbre dans Paris comme l’arbre de Cracovie. L’expression « avoir ses lettres de Cracovie », aujourd’hui tombĂ©e en dĂ©suĂ©tude, dĂ©signa longtemps en français le fait de mentir en se faisant valoir par des informations imaginaires que l’on fait croire ĂȘtre de bonne source. En un geste accueillant, de ralliement et d’invitation Ă  l’action, la belle statue de Tadeusz Koƛciuszko domine l’entrĂ©e du Wawel. La figure Ă©mouvante de celui qui prit la tĂȘte de l’insurrection polonaise il y a deux cent vingt ans, et refusa sa vie durant toute compromission, vient clore le numĂ©ro.
À l’occasion d’un livre qui vient de paraĂźtre est d’abord traitĂ© de la relation entre les organisations et le temps. Mais la plus grande partie de ce numĂ©ro est consacrĂ©e au dĂ©veloppement durable. Une gĂ©nĂ©alogie de la notion est esquissĂ©e, remontant Ă  Carl von Carlowitz et Thomas Jefferson. La fin de la civilisation pĂ©trole, l’organisation du dĂ©veloppement durable, la question des dispositifs et celle de la performance non financiĂšre sont ensuite Ă©voquĂ©es. La spĂ©cificitĂ© des sciences de gestion est Ă©galement abordĂ©e. Le Libellio participe au trois-centiĂšme anniversaire de la naissance de Carl Philipp Emanuel Bach. En hommage Ă  la Sylvicultura Oeconomica, les arbres sont Ă  l’honneur dans ce numĂ©ro. Il existe d’ailleurs un lien entre le musicien et l’ingĂ©nieur : alors que ce dernier achevait dans la ville saxonne de Freiberg l’ouvrage qui avance pour la premiĂšre fois la notion de durabilitĂ©, s’installait Ă  quelques pas de sa maison l’atelier de Johann Gottfried Silbermann, le plus grand facteur de clavecins du temps, chez qui, des annĂ©es plus tard, Carl Philipp Emanuel devait acheter ses clavicordes.
Quel rapport y a-t-il entre la localisation de la production et l’innovation ? Plus de vingt ans aprĂšs Made in America, c’est la question que pose Suzanne Berger dans Making in America. Qu’est-ce qu’un risque majeur et comment prĂ©venir, gĂ©rer et assurer de tels risques ? Ce sont celles que pose un rĂ©cent rapport du Conseil d’analyse Ă©conomique. Comment dĂ©limiter son objet de recherche ? Les anthropologues rĂ©flĂ©chissent depuis l’origine de leur discipline Ă  la maniĂšre de le faire. Le Centre de Recherche en Gestion de l’École polytechnique a fĂȘtĂ© cette annĂ©e ses quarante ans d’existence. Lors de cette journĂ©e, une table ronde a portĂ© sur les instruments de gestion et leur rĂŽle. Elle a rassemblĂ© Charles Goodhart de la London School of Economics, l’un des rares Ă©conomistes Ă  avoir dĂ©couvert une loi portant son nom, Jean Charroin d’Audencia et Michel Berry de l’École de Paris du Management. Enfin, par son cours, le Rhin unit des langues, des rĂ©gions et des cultures diverses. Au Moyen-Age, il suscita sur ses rives une Ă©cole de mystique dont l’Église se mĂ©fia. Il y a cent ans, Ă  la veille du premier conflit mondial, se crĂ©ait l’expressionnisme rhĂ©nan auquel le Kunstmuseum de Bonn consacra cet Ă©tĂ© une exposition. August Macke, son plus brillant reprĂ©sentant, avait dĂ©couvert l’impressionnisme puis le cubisme Ă  Paris. MobilisĂ© dĂ©but aoĂ»t 1914, il mourut un mois et demi plus tard, Ă  27 ans, dans les violents combats de Champagne. Son ami Franz Marc disparut quant Ă  lui Ă  Verdun en 1916. L’expressionnisme rhĂ©nan nourrit les illustrations de ce numĂ©ro, et les figures de MaĂźtre Eckhart et de Ruysbroeck viennent le conclure.
Étrange dialogue, comme seul Shakespeare peut en imaginer. Mais sans doute est-ce en cela que nous sommes modernes : quand nous cherchons Ă  ĂȘtre nous-mĂȘmes, nous ne parvenons qu’à nous trahir nous-mĂȘmes. Ce numĂ©ro est composĂ© de deux dossiers. Le premier est consacrĂ© au congrĂšs AIMS 2013 qui s’est tenu en juin Ă  Clermont-Ferrand. Il comporte les comptes rendus des deux sessions controverses : l’une sur le choix de la langue scientifique entre Raymond-Alain ThiĂ©tart et Jean-François Chanlat ; l’autre sur la normalisation de la recherche qualitative, entre Charles-Clemens Rüling et HervĂ© Dumez, ainsi que le rĂ©sumĂ© de l’atelier mĂ©thodologique animĂ© par Philippe Monin et Charles-Clemens Rüling et la prĂ©sentation de la stratĂ©gie de Limagrain. Le second dossier s’intĂ©resse aux approches de la modernitĂ©, faisant Ă©tat de deux livres : l’un d’Agamben, sur le commandement, et l’autre de Bruno Latour, sur les modes d’existence. Il s’interroge Ă©galement sur le rapport entre Auschwitz et la modernitĂ©. Deux chroniques, enfin, Ă©voquent la Gironde, sa rive gauche avec ses merveilles spiritueuses, sa rive droite avec l’évocation de la figure spirituelle de JaufrĂ© Rudel.
Trop de travaux de recherche se caractĂ©risent par la banalitĂ© de leurs conclusions, liĂ©e souvent Ă  une mĂ©thode flottante. Oublions-les. À nouveau dans ce numĂ©ro, des discussions de livres importants, ce qui est l’une des raisons d’ĂȘtre du Libellio. Celui de Colin Mayer, qui prolonge le dĂ©bat essentiel sur l’entreprise, lancĂ© avec l’ouvrage de Blanche Segrestin et Armand Hatchuel ; l’ouvrage de Rodolphe Durand sur la dĂ©sorganisation du monde ; celui de Catherine Fisk sur l’émergence de la propriĂ©tĂ© intellectuelle ; le livre, enfin, de Vincent Descombes sur les embarras de l’identitĂ©. À nouveau de la mĂ©thodologie, avec une rĂ©flexion sur les notions de cas et d’étude de cas. D’autres comptes rendus de sĂ©minaires aussi, Ă  propos des alliances entre ONG et entreprises, et des pulsations du capitalisme français ; celui d’un dĂ©bat qui s’est tenu Ă  Cerisy entre Antoine FrĂ©rot, prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral de Veolia Environnement, et Francis Mer, vice-prĂ©sident de Safran et ancien ministre. ConsacrĂ© Ă  la crise de l’entreprise, il forme un diptyque avec le texte sur le livre de Colin Mayer. Madrid constitue la toile de fond de ce numĂ©ro. Y vĂ©cut Francisco de Quevedo, dans une rue qui porte dĂ©sormais son nom, Ă  quelques pas de celle oĂč mourut Cervantes, l’actuelle Calle de las Huertas. Borges note qu’il fut un penseur banal et sans mĂ©thode, mais un styliste rare. En tĂ©moignent ces vers parfaits, inĂ©galables, sur un effet de chiasme et de rĂ©pĂ©tition, l’éternitĂ© d’un amour si intense qu’il continue d’animer l’ĂȘtre qui l’éprouva bien aprĂšs qu’il n’est plus que quelques grains de poussiĂšre. Cette image Ă©tant la reprise crĂ©ative d’un passage de Properce (19e Ă©lĂ©gie, Livre I). S’opposant au style recherchĂ© Ă  l’excĂšs de son rival Gongora, Quevedo visait Ă  la puissance de la simplicitĂ© et Ă  la signification multiple. Myope, il a Ă©tĂ© le premier Ă  s’ĂȘtre fait reprĂ©senter avec des lunettes, par dĂ©sir de se distinguer sans doute. Depuis cette Ă©poque, quevedos dĂ©signe les lorgnons en espagnol. Mais cessons les discours pour laisser place Ă  la lecture : « Dieu t’épargne, lecteur, les longues prĂ©faces ! », soupire aussi fort justement Quevedo.
Raymond Boudon revisite la question, centrale dans nos recherches, du contexte. Il en souligne la dimension rĂ©solument thĂ©orique pour prĂ©ciser les conditions d’une analyse contextuelle. Deux livres font l’objet d’une recension dans ce numĂ©ro. Celui de Timothy Mitchell, Carbon Democracy, examinant les liens entre le pouvoir politique moderne et la gĂ©ophysique du pĂ©trole, qu’expose et discute Michel Callon. Un autre, consacrĂ© au rĂŽle des partenariats public-privĂ© dans le dĂ©veloppement durable, dont rend compte Fabien Villacampa. Trois manifestations scientifiques donnent lieu Ă  prĂ©sentation. Dans un sĂ©minaire du Centre de Sociologie des Organisations, Alvaro Pina-Stranger a fait part de ses recherches sur les processus entrepreneuriaux dans le secteur des biotechs. L’AIRMAP (Association Internationale de Recherche en Management Public) a tenu son colloque autour des valeurs publiques. Julie Bastianutti et Marie Le Pellec en rĂ©sument les dĂ©bats. Marlyse Pouchol a traitĂ© dans les « aprĂšs-midi de philosophie et d’économie » de Phare-Paris 1, le thĂšme « Hannah Arendt et l’économie ». La rubrique geek, co-assurĂ©e cette fois-ci par Julie Bastianutti et CĂ©cile Chamaret, quitte sa place habituelle pour s’étoffer exceptionnellement et nous expliquer comment crĂ©er un modĂšle de document de thĂšse sous Word. Trois visionnaires tourmentĂ©s, dans leur soif d’exigence enfants Ă©ternels, visitent de leur prĂ©sence ce numĂ©ro. L’un, Évariste Galois, rĂ©volutionna les mathĂ©matiques Ă  17 ans. Depuis que l’écriture existe, OrigĂšne, quant Ă  lui, est probablement celui qui composa le plus grand nombre de livres et il est Ă©galement le crĂ©ateur de l’hermĂ©neutique. Egon Schiele, provocateur d’une extrĂȘme dĂ©licatesse parfois, explora de nouvelles voies picturales. Ich, ewiges Kind est le titre d’un recueil de poĂšmes qu’il composa. D’octobre 2012 Ă  janvier 2013, le musĂ©e Guggenheim de Bilbao (ville natale de Miguel de Unamuno) a consacrĂ© une exposition Ă  son Ɠuvre.
Ce numĂ©ro spĂ©cial du Libellio porte sur la question du langage en situation qui a habitĂ© les recherches de Jacques Girin de la toute fin des annĂ©es 70 Ă  sa disparition (2003). Il est composĂ© de deux parties. La premiĂšre constitue un ensemble surprenant de trois textes datant des annĂ©es 80 Ă  90 : l’un porte sur la sociologie de la parole et s’appuie Ă  la fois sur la sociologie et les travaux des linguistes. Les deux autres portent sur le tympan de Conques, plus exactement la construction du sens face Ă  cet ensemble de sculpture romane. Jacques Girin a travaillĂ© ces textes en parallĂšle. Leur rapprochement crĂ©e un effet de surprise dans la mesure oĂč le langage est analysĂ© Ă  la fois Ă  partir de travaux de linguistes et d’une expĂ©rience face Ă  une image. L’un de leurs points centraux est la mise en Ă©vidence de l’importance des situations, qui sont Ă  la fois objets Ă  analyser et situations d’observation. La seconde porte prĂ©cisĂ©ment sur l’interprĂ©tation d’une situation d’échange langagier entre une employĂ©e d’EDF et une cliente. Dans le cadre d’une recherche menĂ©e par Anni Borzeix, MichĂšle Grosjean, MichĂšle Lacoste et Jacques Girin, Ă  la fin des annĂ©es 90, elle montre le risque de circularitĂ© auquel sont confrontĂ©s les chercheurs qui analysent une situation, c’est-Ă -dire la maniĂšre dont ces chercheurs peuvent se faire piĂ©ger par une interprĂ©tation Ă©vidente (une situation de coopĂ©ration) et sortir du piĂšge pour en donner une autre (une enquĂȘte de type policier menĂ©e par l’employĂ©e). La subtilitĂ© et la difficultĂ©, le dĂ©tail mĂȘme de cette situation de recherche, constituent, entre autres, le grand intĂ©rĂȘt de ces textes. CoĂŻncidence heureuse, ce numĂ©ro spĂ©cial, qui se conclut par un extrait de la Gazette du CRG, paraĂźt en mĂȘme temps qu’un livre d’hommage Langage et Organisations. Sur les traces de Jacques Girin.