Le-Libellio-d-Volume-10-numéro-2-Eté-2014

Résumé

L’abbé Terrasson est célèbre pour un livre dont Schikaneder s’inspira lorsqu’il écrivit l’étrange livret de la Flûte enchantée et pour une citation énigmatique que Kant fit de lui dans la Critique de la raison pure : « L’abbé Terrasson dit bien que si l’on mesure la longueur d’un livre, non d’après le nombre des pages, mais d’après le temps nécessaire pour l’entendre, il en est beaucoup dont on pourrait dire qu’ils seraient beaucoup plus courts s’ils n’étaient pas si courts ». Ce numéro s’ouvre sur un dossier consacré au concept d’agencement marchand développé dans un livre quant à lui épais. Il comporte une recension de cet ouvrage paru récemment et coordonné par Michel Callon ainsi que le compte rendu d’une table ronde qui s’est déroulée à l'École des Mines à l’occasion de sa sortie. Les controverses autour de la mécanique quantique, la notion de conjecture, le parcours de Silvia Gherardi, les fondements philosophiques des approches critiques, l’entreprise comme objet à décrire, à théoriser et à évaluer, de nouvelles perspectives sur la régulation, la notion de champ, forment les différents thèmes de cette parution. Et bien sûr la rubrique du chercheur geek. Les villes sont femmes, dont la première rencontre peut rendre amoureux. Ainsi, de Cracovie. En 1772, alors que l’Autriche et la Prusse écrasaient la Pologne, les nouvellistes parisiens se retrouvaient sous le plus gros des arbres des jardins du Palais Royal, un tilleul probablement. La plupart des nouvelles échangées étaient fausses et un abbé obscur, qui disait recevoir des lettres de Cracovie, expliquait comment il ferait manœuvrer une armée de trente mille hommes pour sauver ce malheureux pays si on lui en confiait le commandement. Ce tilleul devint célèbre dans Paris comme l’arbre de Cracovie. L’expression « avoir ses lettres de Cracovie », aujourd’hui tombée en désuétude, désigna longtemps en français le fait de mentir en se faisant valoir par des informations imaginaires que l’on fait croire être de bonne source. En un geste accueillant, de ralliement et d’invitation à l’action, la belle statue de Tadeusz Kościuszko domine l’entrée du Wawel. La figure émouvante de celui qui prit la tête de l’insurrection polonaise il y a deux cent vingt ans, et refusa sa vie durant toute compromission, vient clore le numéro.

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